Visite du 40e RA de Suippes

Visite du 40e RA de Suippes

Chef d'escadron (H) Bernard Wenden
11 mai 2011
Visite du 40e RA de Suippes - FNA

Sursum Corda !

« Haut les cœurs » (devise du 40e RA)

La visite en Régiment de la FNA a eu lieu le 11 mai 2011.
Cette année, ce fut le 40e RA qui accueillit une bonne soixantaine d’artilleurs de la FNA.

Suippes … Un nom mythique pour les vieux artilleurs ! Le camp d’entrainement de l’artillerie, par excellence. Rappelons-nous le temps lointain où Canjuers n’existait pas encore en tant que camp pour les artilleurs.
Lorsque nous étions jeunes, sur nos cartes du camp de Suippes, la moindre position de batterie était soigneusement répertoriée, sans parler des buts auxiliaires (BA), des balises topographiques de l’IGN etc.
On connaissait si bien le camp qu’en pleine nuit noire, on pouvait retrouver notre chemin. Si l’ennemi avait décidé d’attaquer le territoire national en passant par Suippes, c’en était fait de lui !

Chacun se souvenait du quartier d’artillerie en bordure du camp, qui abritait un Régiment d’artillerie. Les constructions étaient des plus sommaires : c’était du provisoire qui durait !

Le 11 mai dernier, première surprise dés notre arrivée : le quartier qui abrite dorénavant le 40e RA est très moderne. Mais aussi fonctionnel, agréable et avec une situation géographique qui, quant à elle, n’a évidemment pas changé : Suippes est très proche de la très belle ville de Châlons-en-Champagne et donc pas si éloigné de Reims ou de la Région parisienne.

Le 40e RA a une histoire glorieuse : son comportement dans les grands conflits passés lui vaut la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire. Son drapeau a été décoré des Croix de guerre des deux guerres mondiales.

Ce Régiment a une spécificité au sein de l’Armée de terre : c’est le seul Régiment à qui est échue la mission de perpétuer le savoir-faire « artillerie blindée ».
Lorsque le Caesar a été mis en dotation, les AUF1 ont été progressivement retirés des régiments. Toutefois, un certain nombre ont été préservés : 8 AUF1 sont affectés au Régiment, mais 24 autres, dispersés entre plusieurs parcs, doivent être maintenus en état pour pouvoir, le cas échéant, être regroupés et équiper deux unités de 16 bouches à feu. C’est le 40e RA qui a en charge ce maintien en condition, et surtout le maintien de la compétence technique sur ce type de matériel hautement sophistiqué.
Son contrat opérationnel précise qu’il doit être en mesure d’appuyer les deux Brigades de décision, la 2e , bien évidemment mais aussi la 7e Brigade Blindée.
Mais le matériel du Régiment ne se limite pas aux AUF1, il est doté également de Caesar et de mortiers de 120.
Cette variété de matériels fait que le Régiment est le dernier à être doté de quatre batteries de tir.
Il est projeté sur divers théâtres d’opération, essentiellement pour remplir des missions d’artillerie.
On parle à Suippes de l’Opération Daman – c’est la projection au Liban (en ce moment 4 Caesar + 1 pour la maintenance) – de l’Opération Kandal projection en Afghanistan – de l’Opération Pamir, également en Afghanistan.

Les missions duraient jusqu’à présent 4 mois, sauf pour l’Afghanistan où elles duraient 6 mois. Elles vont dorénavant passer pour la plupart à 6 mois quel que soit le théâtre. Cela permettra de mieux « rentabiliser » le temps consacré à la préparation.

Les unités ne sont pas envoyées sur ces théâtres sans une préparation particulièrement minutieuse : une période de MCP (mise en condition avant projection) plus ou moins longue est indispensable pour que le personnel soit directement opérationnel en arrivant sur site. Ainsi, pour l’Afghanistan, cette MCP dure environ 6 mois, décomposée en préparation individuelle décentralisée, préparation collective décentralisée et validation avant projection.

Le secret d’une mission réussie dépend à 60% de la préparation et à 40% de l’exécution de la mission.

Au jour de la visite de la FNA, un tiers du Régiment était projeté.

Une Batterie de Renseignement de Brigade (BRB) a été créée en 2009 : après une montée progressive en puissance, cette unité est maintenant pleinement opérationnelle. Sa mission : mise en place de capteurs, utilisation de drones (fournis par le 61e RA), missions de renseignements humains.

Le Colonel Franz Chapuis nous a donné toutes explications sur l’organisation du Régiment, sur ses missions et sur les défis qu’il est amené à relever.

Les questions n’ont pas manqué.
Nous mentionnerons deux d’entre elles :

Comment relever le défi du maintien de l’esprit de Corps avec un tiers de l’effectif en mission ? (sans compter le personnel en préparation, ni celui en permission).
La réponse est simple : la cohésion doit se faire d’abord et avant tout au niveau de l’Unité élémentaire, car c’est à ce niveau que les projections se font. Au niveau du Régiment, tout ce qui peut être fait pour donner un esprit de Régiment, est fait, mais il faut être conscient que, dans les missions remplies actuellement par l’Armée française, ce n’est plus le Régiment qui se déplace en corps constitué, mais une, éventuellement deux unités, avec ou sans l’État-major.
La mise en place des Bases de Défense, quel impact ?
On manque de recul pour avoir une idée claire : les personnels de soutien qui s’occupent du Régiment au sein de la BDD sont, pour un certain nombre d’entre eux, issus du Régiment. Donc les gens se connaissent. Cela contribue à mettre de l’huile dans les rouages. Mais, il va y avoir, c’est naturel, un certain renouvellement et d’ici deux ans, les rapports humains peuvent changer : il faudra être très vigilant pour que la BDD ne voit pas dans les Régiments qu’elle soutient, des boulets à supporter mais au contraire qu’elle supporte (au sens anglais du mot to support) ces Régiments, afin de leur permettre de répondre en permanence à la mission opérationnelle qu’il leur est donnée. Il faudra voir également l’évolution du budget. Pour l’instant, en 2011, pas d’impact négatif de ce côté.

Cet « amphi » a été animé avec brio par le Colonel Chapuis lui-même et par ses adjoints, notamment le Lcl Chimenton, chef du Bureau Opérations Instruction ( la gestion du régiment avec ses unités éclatées un peu partout, ses unités en formation, tout cela relève d’un niveau de complexité qu’on retrouve dans les grands chantiers civils), par le Capitaine Richebé qui nous décrit toutes les opérations de préparation de sa 2ème Batterie qui va déployer 4 Caesar au Liban l’an prochain, et par le Lcl Roi du Bureau Maintenance Logistique (un sacré « challenge » d’avoir à maintenir non seulement les Caesar et les mortiers de 120 mais aussi et surtout les AUF 1 …)

Puis, après l’effort – intellectuel – le réconfort, qui passe par un excellent repas servi au mess, dans une ambiance très conviviale où les anciens se retrouvent côte à côte avec les artilleurs d’aujourd’hui.

L’après-midi, c’est la présentation des matériels dans la cour d’honneur : mortiers de 120, radars, Caesar, et AUF 1 sont visibles.
Une démonstration de séquence de tir sur Caesar est faite devant nous : le degré d’automatisation est impressionnant.
Un seul regret : lorsque le tir a lieu, nul obus ne s’échappe de la bouche à feu … Dommage, on était pourtant dans le camp de Suippes ! Mais il ne faut pas rêver …

Après la présentation, c’est la visite par petits groupes dans la salle de simulation « SOTA » qui permet le perfectionnement des observateurs. C’est criant de réalisme. Entièrement électronique bien sûr, mais ce qui est projeté sur l’écran panoramique correspond tout à fait à la situation réelle que connaitra l’observateur lorsqu’il commandera ses tirs. A un petit (petit ?) détail près, dans la salle, l’observateur est bien au chaud, assis agréablement. Et c’est cela qui différencie ce genre de préparation – bien entendu utile et nécessaire – de la situation en combat réel.

Un sympathique pot de départ organisé dans le mess, clôture la journée. C’est le moment des derniers discours : le général Pédron, président de la FNA remercie chaleureusement notre hôte pour la qualité de son accueil.
Le colonel Chapuis nous fait part du plaisir qu’il a eu à recevoir les anciens artilleurs, car la tradition ne peut se maintenir que si des échanges comme celui-là peuvent être organisés.

CEN (H) Bernard Wenden

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