Editorial L'Objectif n°152 - Un peu de pédagogie

Editorial L'Objectif n°152 - Un peu de pédagogie

Général (2s) Jean-Pierre Meyer
31 août 2015

Depuis plus d’une année la Fédération Nationale de l’Artillerie s’est engagée dans une politique de rapprochement avec les Fédérations étrangères. Nous avons signé récemment à Rome un protocole d’amitié avec l’Association Nationale de l’Artillerie Italienne. Il y a quelques semaines nous avons rencontré la Fédération allemande de l’artillerie. Nous prenons des contacts avec nos amis britanniques et américains.

Dans quel but ?

Personne ne peut nier que nous vivons dans un environnement où l’international tient de plus en plus de place. Cette internationale des artilleurs nous facilite les échanges à la fois sur l’histoire passée, commune ou non, et sur la façon dont chacun tente de valoriser l’arme à laquelle il appartient, notamment dans un avenir proche.

C’est ainsi que nous avons rafraichi nos mémoires au sujet de l’engagement des forces italiennes et de son artillerie pendant la 1ère guerre mondiale dans les environs de Reims où un corps d’armée transalpin s’est battu à côté des unités françaises et a subi de lourdes pertes.

Avec nos amis allemands, nous évoquerons plus particulièrement l’avenir dans la mesure où l’artillerie de la Bundeswehr est passée de 80 bataillons durant la guerre froide à 4 bataillons actuellement.

Il s’agit donc de chercher à comprendre en commun l’évolution de nos artilleries et d’en tirer les conséquences, à l’heure où la Loi de Programmation Militaire française prévoit des budgets contraints et une artillerie de moins en moins présente dans les réflexions de nos législateurs.

Comprendre, faire comprendre nécessite de la pédagogie.

Récemment un philosophe contemporain s’étonnait de constater que la pédagogie avait été supplantée par la communication dans notre monde moderne.

Nous ne pouvons qu’adhérer à cette perception et les commémorations de la première guerre mondiale nous en donne un exemple.

Le 14 juillet 2014 a été l’occasion d’expositions parisiennes sur la grande guerre notamment dans les jardins des Tuileries. Des émissions de télévision et des articles de presse nous ont asséné des images de « boucheries aveugles, de manque d’intelligence de nos chefs militaires, de réactions brutales contre nos soldats, fusillés par leurs propres frères d’arme… »

Voilà de la communication qui ne relève en rien de la pédagogie. Or c’est le seul discours que nous avons entendu, en dehors de quelques réactions d’associations qui ont fait part de leur désapprobation et indignation. Mais bien peu de pédagogie !

Il serait souhaitable que tous ceux qui traitent de l’Histoire militaire et politique, organismes institutionnels, associations d’artillerie et autres, expliquent à nos concitoyens à la fois les stratégies politiques et militaires, amies et ennemies mises en œuvre, fruit d’une réflexion intelligente des généraux de l’époque qui n’étaient pas que des incompétents et les tactiques employées pour vaincre, liées aux armes nouvelles , celles de l’artillerie entre autres, qui sont apparues au cours de la guerre, sans oublier, comme chacun sait, que la guerre n’est pas qu’une partie de campagne et la mort lui est étroitement liée.

Car si nous laissons faire, l’opinion publique qui n’est pas très versée dans les affaires militaires et côtoie de moins en moins les armées depuis l’abandon de la conscription finira par généraliser et transposer à la situation actuelle de nos interventions extérieures ces clichés qui nous sont présentés en s’appuyant sur l’exemple de la grande guerre.

Nous devons réagir. Il est encore temps de le faire, l’année du centenaire n’est pas terminée.

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