Dossier spécial Mali, Opération Serval (1ère partie)

Dossier spécial Mali, Opération Serval (1ère partie)

Par FNA
28 mars 2013
Dossier spécial Mali, Opération Serval (1ère partie) - FNA

 

 

Chronologie sommaire SERVAL

Le 11 janvier, François Hollande répondait à la demande du président malien, engageant les forces françaises. Un mois après, elles sont à la frontière algérienne et tentent d’assurer la sécurité dans les grandes villes.

  • Jeudi 10 janvier 2013 : l’état d’urgence

La progression éclair des groupes islamistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), du Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique occidentale (MUJAO) et du mouvement touareg Ansar Dine, précipite le calendrier de l’intervention internationale au Mali.

Konna, ville stratégique, est tombée. Cette bourgade est située à la ligne de front qui sépare le nord du pays, occupé par les djihadistes, du sud, contrôlé par l’armée. Elle n’est qu’à 70 kilomètres de Mopti, première grande ville de la « zone libre ».

France, répondu à la demande d’aide du président du Mali, appuyé par les pays africains de l’Ouest, annonce le chef de l’État à 18h30, lors d’une brève allocution à l’Élysée. François Hollande répond à la demande d’aide militaire formulée un peu plus tôt par le président malien Dioncounda Traoré. « Il y va de l’existence même de cet État ami, le Mali, de la sécurité de sa population et de celle également de nos ressortissants. Ils sont 6000 là-bas », explique François Hollande.
Quelques heures plus tôt, l’armée malienne, appuyée par des forces françaises, a lancé sa contre-offensive pour s’emparer de la ville de Konna, située au niveau de la ligne de front, dans le centre du Mali.
Le plan Vigipirate, déjà au niveau rouge, passe au niveau rouge renforcé.
Le soir même, dans un discours à la Nation, le président malien Dioncounda Traoré appelle à « la mobilisation générale » autour de l’armée malienne.

  • Samedi 12 janvier : les premières frappes

Frappes aériennes, raids, combats à l’arme lourde, la France frappe les bastions islamistes.
Dans la nuit de vendredi à samedi, les avions et les hélicoptères pilonnent des cibles « terroristes » dans le centre du Mali. Une demi-douzaine de véhicules est détruite ainsi qu’un centre de commandement, stoppant une colonne islamiste qui se dirigeait vers Mopti.
Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, annonce qu’un pilote d’hélicoptère, le lieutenant Damien Boiteux, a été mortellement blessé au cours d’une des opérations.

  • Lundi 14 janvier : en France, l’union sacrée

En France, hormis quelques rares voix discordantes, c’est l’union sacrée de la classe politique autour de la décision de François Hollande.

  • Mercredi 16 janvier : la prise d’otage d’In Amenas

En Algérie, une quarantaine d’Occidentaux sont pris en otages par un commando armé islamiste, sur le site gazier d’In Amenas, à l’est du pays. L’action a été planifiée sous la direction de Mokhtar Belmokhtar, un Algérien, fondateur d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a pris son indépendance en décembre. Il avait menacé de « riposter à toute intervention militaire au Mali ».

  • Jeudi 17 janvier : l’assaut sanglant du site gazier

Au Mali, les premiers éléments de la force d’intervention ouest-africaine (Misma) arrivent. Nigeria, Sénégal, Niger, Togo : en tout, onze pays d’Afrique de l’Ouest promettent l’envoi de troupes.
En Algérie, sur le site gazier d’In Amenas, les forces de sécurité sont passées à l’offensive. Les assauts se succèdent jusqu’au samedi. Au terme de l’opération, le bilan humain est très lourd : 38 otages ont perdu la vie.

  • Vendredi 18 janvier : libération de Konna

L’armée malienne annonce avoir repris « le contrôle total » de Konna, tenue par les islamistes depuis huit jours. Les tirs, surtout à l’arme légère, ont fait quatre blessés et un mort dans les rangs de l’armée malienne. En face, les pertes resteront inconnues.

 

Embarquement pour l’Afrique des canons de 155 mm Caesar. Très mobile, cette pièce d’artillerie délivre de manière très précise une puissance de feu impressionnante jusqu’à 40 km.
2 000 militaires français sont alors engagés au sol au Mali.
Sur le plan humanitaire, toutefois, la situation ne cesse d’empirer : 32 000 personnes ont fui les combats.

  • Lundi 21 janvier janvier : la « montée en puissance »

Les forces régulières françaises poursuivent leur avancée vers le Nord. Lentement, la stratégie militaire française se dessine. L’aviation française bombarde les bases arrières des groupes islamistes dans les régions de Gao et de Tombouctou, prochains objectifs des forces terrestres.
La veille, François Hollande a justifié une nouvelle fois l’intervention française et rappelé que « la France restera au Mali le temps nécessaire ».

  • Samedi 26 janvier : libération de Gao, « capitale » du Mujao

Gao tombe au cours d’une opération rapide. Pour échapper aux bombardements, les combattants du Mujao ont quitté les quartiers urbains pour se cacher dans la brousse à la périphérie. Les troupes françaises et maliennes reprennent donc, presque sans combattre, la ville dont le Mujao avait fait sa capitale.

  • Lundi 28 janvier : libération de Tombouctou

Au terme d’une nuit de combats, les armées maliennes et françaises entrent dans Tombouctou, la seconde plus grande ville du pays.
Au cours de leur fuite, des islamistes ont mis le feu à un institut abritant des manuscrits datant de plusieurs siècles. 90 % des précieux documents, rapatriés avant l’arrivée des islamistes, sont heureusement en sécurité à Bamako.

  • Mercredi 30 janvier : Kidal, le dernier grand bastion, saute

L’armée française confirme le contrôle l’aéroport de Kidal, dernier grand bastion des groupes islamistes armés actifs dans le nord du Mali. Mais le retour en force des rebelles touaregs laïques du Mouvement pour la libération de l’Azawad (MNLA), irrite les autorités maliennes. « Nous ne sommes pas dans une logique de négociations avec le MNLA, en tout cas pas avant la restauration de l’intégrité territoriale du Mali », rappelle fermement un officier de l’armée malienne.
Dans Tombouctou libérée, la police peine à maintenir l’ordre. Les pillages se poursuivent et la colère contre « les Arabes » ne faiblit pas.

  • Samedi 2 février : François Hollande à Tombouctou et Bamako

Le président effectue une brève visite de soutien aux soldats français présents. Il est accompagné de ses ministres de la Défense, Jean-Yves le Drian, des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et du Développement, Pascal Canfin.

  • Lundi 4 février : la traque se poursuit

La destruction des camps et la traque des islamistes se poursuivent au Nord-Mali.
Le succès de l’opération Serval ne doit pas éclipser les difficultés restantes au Mali : la poursuite de la lutte contre le terrorisme et la stabilité du pouvoir.
5 février : les soldats français contrôlent l’aéroport de Kidal et la ville elle-même est « sécurisée » par quelque 1 800 Tchadiens.
8 février : premier attentat suicide à Gao, revendiqué par le Mujao. À Bamako, attaque par des militaires maliens du camp d’une ancienne unité d’élite de l’armée.

Les deux pièces de 155 mm à Tessalit (au nord de l’adrar des Ifoghas) Ce sont les artilleurs du 11ème RAMa de Rennes et plus précisément venant de la 1ère et 2ème batterie ainsi que de la batterie de renseignement qui ont fourni hommes et matériels. Outre les canons, des mortiers de 120 mm ont été envoyés sur la zone.

  • Vendredi 8 février : jusqu’à la frontière algérienne

Après Aguelhok, les forces françaises et tchadiennes arrivent à Tessalit, dans l’extrême nord-est du pays, où les otages français au Sahel pourraient être détenus.
Dans la capitale, différentes factions de l’armée malienne s’affrontent. Des « Bérets rouges », proches du président renversé l’an dernier, refusent de quitter leur camp pour aller combattre les islamistes dans le Nord, comme l’avait demandé le chef d’état-major, un « Béret vert », le général Tahirou Dembélé. Le pouvoir malien reste fragile.

  • Dimanche 10 février : la contre-attaque surprise

Deux attentats suicides en moins de 48 heures dans la périphérie de Gao illustrent la fragilité de la situation sécuritaire malienne. Délogés de leurs bastions du Nord, les djihadistes n’ont pas seulement fait le choix du harcèlement : ils lancent des assauts.

  • Point de situation sur les opérations depuis le lundi 18 février 2013 jusqu’au 21 février 2013

Les opérations aériennes se poursuivent, notamment dans les régions de Bourem et du massif de l’Adrar avec près de 80 sorties. Une vingtaine a été dédiée aux frappes aériennes et a permis la neutralisation de groupes terroristes et la destruction de plusieurs dépôts de munitions. Un peu plus d’une trentaine de sorties a été consacrée au transport de nos forces et de nos matériels. Le reste au soutien des opérations.
Au sol, l’opération Serval poursuit sa phase offensive qui vise à désorganiser les groupes terroristes et à les déloger de leurs sanctuaires.
Ainsi, l’opération sur Bourem s’est poursuivie toute la journée du 19 avec des reconnaissances sur les rives du Niger et dans les villages jouxtant l’axe Bourem-Gao. Au bilan, cette opération aura permis la découverte de 3 m3 de médicaments volés par les groupes terroristes à l’hôpital de Gao, de plusieurs caches d’armes et la capture de trois BM 21, d’un 122D30 et la destruction de plusieurs munitions.
Au Nord du pays et depuis le 18 février, les soldats français et maliens ont débuté leurs actions offensives dans le massif de l’Adrar avec l’opération Panthère.

Le 19 février 2013, les éléments français constitués d’une section de commandos parachutistes, renforcée d’un contrôleur aérien avancé et d’une patrouille blindée, en mission de reconnaissance dans le massif de l’Adrar à une cinquantaine de kms au sud de Tessalit ont essuyé des feux nourris de la part de l’ennemi.
Ces éléments ont immédiatement riposté au canon de 105 mm, appuyés par une patrouille de Mirage 2000D. Deux nids de mitrailleuses lourdes et plus d’une vingtaine de terroristes ont été neutralisés.
Durant cette action, le sergent-chef Harold Vormezeele a été tué ; il appartenait à la section de commandos parachutistes du 2e Régiment étranger de parachutistes de Calvi.

Le 20 février, en début d’après-midi, un nouvel engagement a eu lieu avec les éléments français dans la poursuite de cette opération engagés dans l’Adrar permettant la neutralisation d’une dizaine de terroristes grâce à l’engagement combiné des troupes au sol et des hélicoptères Tigre du groupement aéromobile de la force Serval.

Le 21 février en début de matinée, un véhicule s’est élancé dans la cour d’une maison transformée en dépôt de carburant civil et située à proximité de l’aéroport de Kidal. Ce véhicule a provoqué une explosion et a causé la mort du gardien de la maison et du terroriste à son bord. Aucun civil ou soldat français n’a été blessé.
Le porte-parole du Mujao a revendiqué avoir commis un «attentat» à Kidal, ce jeudi. «Nous sommes arrivés à rentrer sans aucun problème à l’intérieur de Kidal même pour faire exploser comme prévu un véhicule», a déclaré Abu Walid Sahraoui, porte parole du Mujao, qui avait aussi affirmé plus tôt jeudi être à l’origine de l’attaque menée par des jihadistes à Gao.
Au moins deux civils ont été blessés jeudi dans l’explosion d’un véhicule apparemment piégé près du camp où sont stationnés des militaires français et tchadiens à Kidal, dans le nord-est du Mali.

A Gao, en fin de matinée, des échanges de tirs ont eu lieu en ville entre les forces armées maliennes et des groupes terroristes infiltrés. Ces derniers, se sont retranchés dans l’îlot administratif de la mairie et du palais de justice. Les forces armées maliennes appuyées par la QRF (1 section de VAB, une compagnie de VBCI et 2 hélicoptères Gazelle du GAM) du GTIA 2 sont parvenues à neutraliser une quinzaine de terroristes. Un élément du génie est intervenu afin de neutraliser des charges explosives. Deux soldats français ont été très légèrement blessés au cours de cette action. En fin d’après-midi la situation était redevenue calme dans la ville de Gao. Les forces armées maliennes ont repris leur dispositif de sécurité. Quatre soldats maliens auraient été blessés au cours de cette opération.
Par ailleurs, au cours de la journée, le check point aux sorties nord de Gao a été défendu par des éléments nigériens alors qu’il était harcelé sporadiquement par des groupes terroristes. Deux terroristes ont été tués.
A Ménaka et à Tombouctou, les patrouilles de sécurité se poursuivent dans les villes et leurs abords afin de renforcer le contrôle de zone.
Aujourd’hui, s’est tenue à Bamako, une réunion extraordinaire du comité restreint des chefs d’État-major de la CEDEAO dans la cadre de la montée en puissance de la Misma. Les contingents togolais et sénégalais ont rejoint respectivement Sévaré et San.
Ce sont près de 4 000 militaires français qui sont actuellement déployés au Mali. A leurs côtés, près de 5 400 soldats des forces africaines (Misma et tchadiens) et les forces armées maliennes complètent ce dispositif afin de permettre au gouvernement de retrouver son intégrité territoriale et de désorganiser les groupes terroristes et démanteler leurs sanctuaires.

  • Opération Serval : A GAO les FAM repoussent les attaques terroristes

Le 21 février 2013, le GTIA 2 (Groupement tactique interarmes armé par le 92e RI) est intervenu en appui des forces armées maliennes qui étaient au contact avec des groupes terroristes infiltrés dans la ville de Gao.
En fin de matinée, une trentaine de terroristes s’est infiltrée en ville. Immédiatement les forces maliennes du Colonel Major Dacko, les forces de Gendarmerie et la Garde Nationale bouclent les abords de l’îlot administratif, cœur de la ville où se sont rassemblés les terroristes. Après quelques échanges de tirs et une explosion, les groupes terroristes se retranchent dans la mairie.
La QRF du GTIA 2 composée d’une section de VAB, de trois compagnies VBCI et de deux hélicoptères gazelle du groupement aéromobile est mise en alerte, aux ordres du Colonel chef du GTIA 2.
En coordination avec les autorités maliennes, la QRF s’engage et se positionne aux abords de la mairie. La compagnie VBCI est engagée et ouvre le feu avec tous ses armements : canon 25 mm, AT4, ALI, Eryx, et appuyée par 2 Gazelle du groupement aéromobile, qui tirent un missile HOT sur une position terroriste.
Pris sous les feux maliens et français, quelques terroristes tentent de s’exfiltrer par les berges du Niger. Le bouclage de la zone le long du fleuve Niger a été mené conjointement par les Français et les Maliens et a permis de neutraliser une dizaine de terroristes.
Dans la Mairie, les forces armées maliennes neutralisent le dernier bastion de terroristes portant des ceintures explosives. Un élément du génie français est intervenu afin de désamorcer les charges explosives. Au cours de cette action, deux soldats français ont été très légèrement blessés.

Parallèlement, au cours de la journée, le check point aux sorties Nord de la ville de Gao a été défendu par des éléments nigériens alors qu’ils étaient harcelés par des tirs sporadiques de groupes terroristes tentant de s’infiltrer. Une compagnie sur VBCI appartenant au GTIA 2 et une patrouille Gazelle du Groupement aéromobile (GAM) qui a délivré un appui feu missile ont appuyé cette action. Deux terroristes ont été tués.
En fin d’après-midi la situation était redevenue calme dans la ville de Gao. La QRF du GTIA 2 a regagné l’aéroport.
Au total, cette opération aura permis aux forces armées maliennes de montrer leur détermination, si besoin était, à protéger la ville et sa population des groupes terroristes. Elle démontre également la volonté de l’ensemble des acteurs présents sur le sol malien à démanteler les groupes terroristes. Cette action a permis la neutralisation de plus d’une quinzaine de terroristes. Quatre soldats maliens auraient été blessés.

  • Point de situation du lundi 25 février 2013

Les opérations aériennes se sont poursuivies, notamment dans la région de Tessalit avec près d’une centaine de sorties. Une quarantaine de sorties a été dédiée aux frappes aériennes permettant la destruction d’une dizaine de dépôts logistiques et d’une dizaine de véhicules. Le reste des missions s’est répartie entre le soutien des opérations et le transport de nos forces et de nos matériels.
Deux avions ravitailleurs C135 français sont désormais déployés sur l’aéroport de Bamako permettant de faciliter le soutien des opérations aériennes.
A Dakar, l’EIDER a effectué une nouvelle rotation. Il est arrivé en fin de semaine dernière avec son bord du fret au profit des forces déployées dans l’opération Serval. Il est le troisième navire affrété à accoster sur les côtes sénégalaises depuis le 11 janvier 2013. Ces affrétés ont été escortés par des bâtiments de la Marine Nationale, qui depuis le départ fourni un appui important à l’opération malienne.

Au sol et depuis le 18 février les forces françaises, maliennes et tchadiennes sont engagées dans la région de Tessalit où elles poursuivent leurs opérations offensives qui visent à désorganiser les groupes terroristes et à démanteler leurs sanctuaires.
L’engagement combiné de nos forces a permis de détruire trois véhicules et de neutraliser une vingtaine de terroristes.

Parallèlement, le 22 février, les éléments tchadiens ont pris à parti des groupes terroristes. Immédiatement, ils ont reçu l’appui des aéronefs français sur leur zone d’opération. Pendant plus de 24 heures, les avions de chasse français se sont relayés afin d’appuyer l’avancée des troupes au sol.

Les tchadiens ont annoncé avoir neutralisé plus de 90 terroristes lors de cette action offensive très déterminée. Ils ont également annoncé avoir perdu 23 des leurs. Plusieurs de leurs blessés ont été évacués par les hélicoptères du GAM vers l’antenne chirurgicale avancée de Gao pour y être soignés.

Dans la région de Gao, après les échanges nourris du 20 février et quelques actions de harcèlement les 21 et 22 février de la part des groupes terroristes, la situation reste sous contrôle grâce à l’action combinée et coordonnée des forces armées maliennes, des forces africaines de la zone (nigériennes) et des français. En présence du CICR et de médecins du monde, les forces armées maliennes ont remis à l’hôpital de Gao les 3m3 de médicaments repris aux groupes terroristes au cours des opérations de la semaine passée.

Le 22 février, après des tirs de 3 roquettes de type BM21 depuis la périphérie de Gao, les forces armées maliennes appuyées par des éléments français ont reconnu et nettoyé la zone périphérique, ainsi que celle du centre ville.

Le 25 février, à Gao, des reconnaissances au nord de la ville par le GTIA 2 ont permis la découverte d’une trentaine de roquettes de 122 mm et des grenades à main de différents types dont une était piégée.

Enfin, les forces armées maliennes se dotent d’une capacité fluviale, avec l’arrivée de deux vedettes rapides permettant la navigation sur le fleuve Niger, et la sécurisation des berges.

A ce stade du déroulement des opérations, il apparaîtrait bien imprudent de prédire l’avenir. Plutôt que parler de retrait, il vaudrait mieux parler d’une certaine « décroissance » des troupes au fur et à mesure que les actions d’ampleur au sol iront en diminuant.
On peut noter que depuis la fin de la guerre froide toutes les gestions de crises militaires sont ou ont été longues, qu’il s’agisse de la Côte d’Ivoire, du Kosovo, de la Bosnie ou de l’Afghanistan.

Par ailleurs, l’outil militaire n’est qu’une partie de la solution. « Les champs politiques, économiques et de la formation entrent en jeu, afin de concourir à la transition qui seule apportera la sécurité »1.
C’est bien la situation politique instable du Mali et l’impréparation de son armée qui ont été les éléments déclencheurs du conflit.

Les événements de Gao sont des actions de harcèlement caractéristiques de ce qu’on appelle une guerre asymétrique. Ne faisant pas « le poids » en face à face, à découvert, dans un combat symétrique, les islamistes cherchent à frapper de façon indirecte le plus fort possible, mais de manière ponctuelle.
La phase très dynamique est terminée puisque les troupes amies se trouvent désormais à la frontière nord. II est désormais indispensable d’effectuer un important travail de renseignement, d’observation, de reconnaissance et de contrôle de zone. Les troupes françaises, maliennes et africaines doivent multiplier les patrouilles de reconnaissance et quadriller le terrain pour entraver la liberté de mouvement des groupes islamistes.
Il s’agit de restreindre le champ d’action et opérer des frappes de précision dès qu’on obtient des renseignements pertinents, afin de maintenir les adversaires dans une situation de fragilité ce qui les empêche de prendre l’initiative.

  • Mali : plus de 5 000 soldats des forces africaines déployés fin février

Plus de 5 000 soldats des forces africaines sont déployés sur le sol malien, alors que l’opération Serval menée par les Français et les Maliens continue de « sécuriser » le nord-est du pays et de « désorganiser » les groupes terroristes, a annoncé aujourd’hui le ministère français de la Défense.

« Les forces africaines poursuivent leur montée en puissance avec désormais près de 5 250 soldats sur le sol malien. Les contingents togolais, sénégalais, béninois, ghanéen et tchadien ont vu leurs effectifs accroître ces derniers jours et devraient poursuivre leur déploiement sur le terrain », écrit l’état-major dans un « point de situation » diffusé sur le site internet du ministère de la Défense.

Au total, près de 8 000 soldats africains sont attendus au Mali pour épauler les forces maliennes et prendre le relais de l’armée française lorsqu’elle se sera retirée.

Environ 6 000 d’entre eux seront déployés dans le cadre de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali) sous l’égide de la Cédéao, la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest.
Un contingent supplémentaire de 2 000 soldats tchadiens doit participer aux actions militaires en coordination avec la Misma, sans faire partie de la mission.

  • Deux fronts toujours actifs fin février…

Deux secteurs du Mali restent toujours militairement actifs, alors que le reste du pays est sécurisé par le déploiement de l’armée française, des militaires africains de la Misma et des troupes maliennes. Il s’agit de la région de Gao et des Ifoghas, alors que le contrôle des frontières (Mauritanie, Niger, Algérie) pose toujours des problèmes.

A Gao et dans la région, les miliciens du Mujao représentent toujours une menace. Notamment parce que leur survie économique est en jeu : selon les milieux de la Défense, le Mujao est l’exemple même de « l’hybridation » entre les intérêts mafieux et l’idéologie islamiste.

L’autre secteur, où les choses sont plus sérieuses, est le nord-est du pays. C’est là que les combattants d’AQMI ont trouvé refuge dans le massif des Ifoghas. Ils y disposent de caches (grottes) et d’alliances, souvent matrimoniales, avec les populations locales. Le secteur est plus ou moins bouclé par les troupes tchadiennes. Les djihadistes – qui par ailleurs détiennent des otages – sont difficilement repérables et ne le peuvent l’être que lorsqu’ils commettent des erreurs, par exemple en utilisant leurs téléphones. Les forces spéciales françaises y conduisent des reconnaissances pour « tâter » le terrain. L’aviation procède parfois à des frappes.

C’est là que la dernière manche de la guerre devrait se dérouler. Peut-être avec des moyens plus importants que ceux qui sont engagés aujourd’hui.

  • La France entre dans la phase difficile de l’opération au Mali

L’armée française effectue « la phase la plus difficile » de l’opération Serval lancée à la mi-janvier au Mali pour repousser les groupes islamistes armés, a déclaré, mercredi 20 février, sur France 2, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, au lendemain de la mort d’un deuxième soldat français.
Le sergent-chef Harold Vormezeele a été tué mardi dans le massif des Ifoghas, dans le nord du Mali, au cours d’un accrochage, qui a permis de neutraliser plus de vingt djihadistes, selon les autorités françaises.
« Il faut poursuivre, parce qu’il y a là la fin de l’opération », a déclaré Jean-Yves Le Drian. « C’est la phase finale de la libération du Mali, en attendant que les forces françaises soient relayées par les forces africaines. » « Nous sommes dans la phase finale, mais c’est la phase la plus difficile, parce que c’est le réduit des djihadistes et de toutes les bandes qui trafiquent dans ce secteur », a-t-il ajouté.
Les rebelles qui se trouvent dans le massif de l’Adrar des Ifoghas sont parmi les plus « fondamentalistes, les plus durs, les plus organisés, donc c’est une phase assez complexe ». « On s’attendait à de la résistance, il y en a eu, il y a des combats très violents, hier et peut-être encore aujourd’hui », a dit M. Le Drian.
Interrogé sur la durée de la phase finale de la mission française au Mali, M. Le Drian a répondu : « Ça va durer un certain temps, c’est un territoire qui est grand comme la moitié de la France, on ne le reprend pas en trois jours », a-t-il indiqué.
Le ministre de la Défense a conditionné ce début de retour à un déploiement effectif des forces africaines de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali), mais celles-ci « ne sont pas en situation » pour l’instant de prendre le relais des forces françaises, a-t-il relevé.

En attendant, ce sont environ quatre mille soldats français qui participent à la sécurisation du territoire malien.

 

Les forces adverses

Pour bien comprendre ce qui se passe au Mali, il est nécessaire d’identifier les différentes forces auxquelles sont confrontés les Français, les Maliens et leurs « alliés ». Le présent document a pour but de tenter de vous y aider…

  • Au Mali, une coalition de groupes islamistes hétérogènes mais coordonnés

La France a déclaré la « guerre contre le terrorisme », en lançant, vendredi 11 janvier, une intervention armée au Mali. La décision d’intervenir a été prise à la suite d’une offensive coordonnée des islamistes armés alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sur Konna, verrou entre le Nord et le Sud maliens.
Le nord du Mali, région en majorité désertique, est depuis la fin de juin sous le contrôle total de ces groupes armés, qui prônent une application rigoriste de la Charia (loi islamique), au nom de laquelle ils commettent diverses exactions. Ils avaient profité d’un coup d’État militaire contre le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars, pour conquérir la région et en évincer leurs ex-alliés du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg). La guerre est désormais engagée contre un ennemi hétéroclite, composé de plusieurs groupes aux intérêts mouvants.

Une coalition de groupes islamistes
Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), émanation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, est un groupe se réclamant d’Al-Qaïda, qui a fait allégeance à son fondateur, Oussama Ben Laden, en 2006, et opère dans une grande partie du Sahel. Il dispose de bases dans le Nord malien depuis 2007, d’où il mène régulièrement des attaques et des enlèvements d’Occidentaux dans plusieurs pays du Sahel, dont notamment la prise d’otages à Arlit, au Niger, en 2010. AQMI est dirigée par des Algériens, dont Abdelhamid Abou Zeid, qui réside à Tombouctou, devenu fief de l’organisation. En octobre 2012, le chef d’AQMI, basé en Algérie, Abdelmalek Droukdel dit « Abou Moussaab Abdelouadoud », a nommé Yahya Abou El-Hamame « émir (chef) du Sahara et du Sahel » et a destitué Mokhtar Belmokhtar, surnommé « le Borgne », de la katiba des « enturbannés » (Al-Mouthalamin) qu’il dirigeait dans le nord du Mali.

La Brigade des Signataires par le sang a été créée en décembre 2012 par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, lors de sa scission avec AQMI, du fait notamment de divergences de stratégie et de vision quant à l’objectif du djihad. Ayant fait allégeance à Ayman Al-Zawahiri, numéro un d’Al-Qaïda depuis la mort d’Oussama Ben Laden, c’est au nom d’Al-Qaïda qu’il revendique, le 17 janvier, l’attaque par un commando issu de sa brigade du complexe gazier d’In Amenas, dans le Sud-Est algérien. L’ancien chef charismatique d’AQMI a commencé sa carrière en Afghanistan, avant d’intégrer le Groupe islamique armé (GIA) durant la guerre civile algérienne, puis le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’AQMI. A la tête d’un des deux bataillons d’AQMI dans le sud désertique de l’Algérie, à la frontière avec le Mali, il aurait été impliqué dans l’enlèvement de touristes, ainsi que dans la fourniture d’armes aux groupes islamistes de la région et dans le trafic de cigarettes, ce qui lui vaut le surnom de « Mister Marlboro ».
Ansar Dine (« défenseur de l’islam »), est un groupe islamiste touareg basé dans le nord du Mali, qui veut imposer la charia par la lutte armée. Il aurait été créé par un ancien militaire et une figure des rébellions touareg des années 1990, Iyad ag Ghaly. Le groupe est renforcé par des combattants qui étaient membres actifs de la branche maghrébine d’Al-Qaïda. Son fief est Kidal et sa région. Ansar Dine comporte une branche modérée et une aile radicale incarnée par Iyad ag Ghaly.

Le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) a annoncé, le 24 janvier, sa scission d’Ansar Dine du fait de divergences de stratégie et de vision avec Iyad ag Ghaly. Dans son communiqué, le MIA dit avoir été créé à l’issue « de plusieurs jours de débats et de concertation » des cadres, notables et combattants « de l’aile modérée » d’Ansar Dine privilégiant « une solution pacifique ». Leur secrétaire général, Alghabasse Ag Intalla, avait dirigé la délégation d’Ansar Dine lors des négociations menées à la fin de 2012 à Ouagadougou, sous la médiation du Burkina Faso, pour résoudre la crise malienne. Issu de la tribu des Ifoghas, l’une des grandes familles touareg de la région de Kidal, Alghabasse Ag Intalla est une personnalité respectée chez les Touareg. Il devrait succéder à son père, Intalla Ag Attaher, considéré comme l’autorité spirituelle des Touareg.

Le Mouvement unicité et djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), longtemps présenté comme une dissidence d’AQMI, est devenu l’un des maîtres du nord du Mali. Il est composé essentiellement de Mauritaniens et de Maliens. Il est apparu au grand jour en décembre 2011 et s’est illustré par des prises d’otages. Il a revendiqué des enlèvements au Mali, mais aussi en Algérie, ainsi que des attentats contre des forces algériennes. Fondé par le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou, alias « Abou Ghoum-Ghoum », le Mujao s’est rendu maître de Gao en évinçant le Mouvement national de libération de l’Azawad — MNLA, à la fin de juin, à l’issue de violents combats. Le mouvement a été inscrit sur l’une des listes d’organisations terroristes par le département d’État américain, le 7 décembre. En 2012, le Mujao occupe la ville de Gao et y fait appliquer la charia.

Conséquences possibles de la scission MIA /Ansar Dine
La scission du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) d’Ansar Dine constitue un bon signe pour l’opération Serval, car il signifie que le front touareg islamiste peut se fissurer et isoler sa composante djihadiste.
Toutefois, comme l’indique Jean-Pierre Filiu 2 , « tout peut basculer demain ». Rien ne dit qu’un front touareg uni pourra se formaliser et être pérennisé. Si la scission du MIA a été saluée par le Mouvement des Arabes de l’Azawad (MAA) et les Touareg du Front populaire de l’Azawad (FPA), deux groupes minoritaires en faveur d’un processus politique, le MLNA, qui se pose comme le véritable opposant aux groupes intégristes, a jusqu’à présent exprimé une certaine méfiance face au MIA.
Ansar Eddine pourrait être fortement affaibli par la perte de soutien au sein des tribus touareg de la région de Kidal, ralliées au nouveau chef du MIA. Ansar Eddine risque de se déliter très rapidement avec ce désaveu de la chefferie de Kidal. Les désertions risquent d’être rapides chez les Touareg. Le mouvement pourrait être réduit à un noyau dur autour de son chef, Iyad Ag Ghaly.
Ce noyau dur peut cependant survivre. La question est de savoir s’ils auront encore les soutiens suffisants pour bénéficier de zones de repli au nord, dans les régions montagneuses (autour de Kidal).
Au-delà de l’affaiblissement d’Ansar Eddine, cette scission pourrait également constituer un sévère handicap pour les autres groupes armés.
AQMI et le Mujao, qui sont très affaiblis sur le terrain, le seront davantage si les Touareg ne leur apportent plus leur soutien. Cela peut entraîner une redistribution politique des cartes au niveau régional.
La France et l’armée malienne pourraient trouver chez les Touareg des alliés intéressants pour chasser les djihadistes jusque dans leur fief.

Une grande disparité parmi les troupes islamistes …aux intérêts souvent très divergents…
Les troupes islamistes ne sont pas toutes des salafistes acharnés. Il existe différents courants, mais ils restent minoritaires. Par ailleurs, beaucoup de combattants ont rejoint ces rangs pour des raisons financières. AQMI a de l’argent grâce aux otages, les caisses d’Ansar Dine sont en partie remplies par Alger, et le Mujao reçoit des fonds manifestement par l’intermédiaire du Croissant-Rouge qatari et des réseaux saoudiens. La fidélité des soldats islamistes n’est pas que religieuse et peut donc vite s’évanouir.
Les chercheurs s’accordent à dire que ces groupes sont loin d’être homogènes et d’avoir les mêmes agendas. Il y a de vrais djihadistes, des touareg indépendantistes qui luttent depuis la fin des années 1970 contre l’État central, des trafiquants de drogue et d’armes, beaucoup de jeunes qui n’ont pas de perspectives d’emploi, des groupes qui remettent en cause les chefferies traditionnelles maliennes.
Parmi cet agglomérat, tous ne sont pas forcément terroristes et leur fantasme n’est pas nécessairement d’instaurer la charia au Mali. Ils ont des intérêts divers. Au sein même de ces groupes, les alliances sont fragiles.
Il s’agit donc au total d’un ennemi extrêmement difficile et insaisissable, très mouvant et très fragile.
Une fragilité que semble confirmer les scissions au sein d’AQMI et d’Ansar Dine.

Entre 2 000 et 3 000 combattants
Le nombre de combattants reste très imprécis, les chiffres les plus communément admis étant d’environ un millier de djihadistes aguerris et 5 000 à 6 000 combattants au total, comprenant supplétifs et récentes recrues. Selon les observateurs, les différents groupes, même écornés par les premières frappes, pourraient compter de 2 000 à 3 000 hommes. Ils disposeraient de 150 à 200 pick-up. Au fur et à mesure de la progression des armées malienne et française dans le nord du Mali, les groupes armés ont pu être confrontés à des désertions dans leurs rangs.
Des armes légères d’infanterie
Les combattants islamistes du nord du Mali disposent surtout d’armes légères d’infanterie, provenant des arsenaux libyens ou achetées à des trafiquants d’armes grâce aux revenus tirés de trafics et de rançons d’otages. Les djihadistes disposent de fusils d’assaut kalachnikov, de fusils de précision, de mitrailleuses légères de 7,62 mm et de mitrailleuses lourdes de 12,7 et de 14,45 mm. Ces dernières peuvent être montées sur la plate-forme de pick-up tout comme les bitubes antiaériens de 14,5 mm ou de 23 mm (ZSU de conception soviétique), qui portent jusqu’à 2 500 mètres. Ces armes, conçues pour tirer sur des avions ou des hélicoptères volant à basse altitude, sont utilisées par les combattants du désert en tir tendu contre d’autres véhicules terrestres.
Les combattants détiennent probablement aussi quelques obusiers de 105 mm et quelques missiles sol-air SAM7. Toutefois, ces missiles ne semblent pas pouvoir représenter une « menace significative » en raison des conditions drastiques de conservation et de maintenance indispensables pour leur fonctionnement. Selon certaines informations, les islamistes pourraient détenir quelques Milan (missile antichar filoguidé, de fabrication française vendu par la France à Kadhafi)….
Les islamistes se seraient procuré leurs armes lors d’opérations militaires contre les armées algérienne ou mauritanienne et dans les arsenaux de l’ex-armée libyenne du colonel Kadhafi. Ils disposeraient également d’armes livrées en 2011 par la France aux rebelles libyens du Djebel Néfoussa, à la frontière tunisienne. Enfin, le marché international clandestin constitue également une source d’approvisionnement.

Une coordination rapide, efficace
Les trois groupes armés ont, semble-t-il, opéré en un temps record une concentration de leurs forces. Leur coordination a été rapide et efficace. Selon les observateurs, dans les mois écoulés, les combattants de la coalition réunie autour d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ont eu le temps de penser et préparer une guerre de mouvement et d’esquive, sur un terrain immense et peu peuplé qui s’y prête. Les dépôts d’armes ont été enterrés et les stocks d’armes disséminés dans des zones reculées.
L’intervention française soudaine, ne semble pas avoir trop perturbé pas, à ce stade, la stratégie que de nombreux observateurs prêtent à AQMI et à ses « alliés » :
ne tenir aucune position, apparaître et disparaître, profiter du relief, et frapper par surprise sur un territoire difficile à surveiller.

 

Lancement de la mission de formation de l’UE au Mali

Le Conseil a lancé, le 18 février dernier, la mission de l’UE visant à apporter un soutien à la formation et à la réorganisation des forces armées maliennes. Un élément précurseur est arrivé à Bamako le 8 février et commencera à s’acquitter des tâches d’expertise et de conseil dans les jours qui viennent. Les instructeurs militaires devraient être déployés avant la fin du mois de mars.

Cette opération, lancée dans le cadre de la résolution 2085 (2012) du Conseil de sécurité des Nations unies, fait partie intégrante de l’approche globale de l’UE à l’égard de la situation au Mali et dans la région du Sahel. Elle vise à contribuer à améliorer la capacité militaire des forces armées maliennes, dans le but de leur permettre, sous le contrôle des autorités civiles, de rétablir l’intégrité territoriale du pays.

« EUTM Mali3 œuvrera en faveur de la stabilité au Mali et dans la région du Sahel, aujourd’hui et pour l’avenir. Le respect des droits de l’homme et la protection des civils constitueront un volet important du programme de formation ».

EUTM Mali dispensera des conseils et une formation militaire aux forces armées maliennes, y compris en matière de commandement et de contrôle, de logistique et de ressources humaines, ainsi que dans le domaine du droit humanitaire international, de la protection des civils et des droits de l’homme. La mission ne participera pas à des opérations de combat.

Contrôle politique et Direction stratégique
Sous la responsabilité du Conseil et de la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le Comité politique et de sécurité (COPS) exerce le contrôle politique et la direction stratégique de la mission militaire de l’UE.

Le COPS recevra, à intervalles réguliers, des rapports du Président du Comité militaire de l’UE (CMUE) en ce qui concerne la conduite de la mission militaire de l’UE et rendra compte au Conseil.

Direction militaire
Le Conseil a nommé le Général de Brigade français François Lecointre au poste de commandant de la mission de l’UE.
Le Comité militaire de l’UE assurera le suivi de la bonne exécution de la mission militaire de l’UE conduite sous la responsabilité du commandant de la mission de l’UE. Le président du CMUE fera office de point de contact principal avec le commandant de la mission de l’UE.

Objectif et participation
L’objectif d’EUTM Mali est de former quatre bataillons de 650 soldats maliens en un an (deux mois et demi à trois mois pour chaque bataillon).
Une quinzaine de Nations enverra des formateurs. Des pays en difficulté financières, comme la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne feront l’effort.

EUTM Mali comptera principalement sur la France, nation-cadre (aux alentours de 200 personnels, dont une partie de la force protection, 22 des 60 postes de commandement et une cinquantaine de formateurs du 3e RIMa de Vannes, dont le programme de préparation a été mis en œuvre par le Commandement des forces terrestres de Lille).

Pour le reste, on annonce la participation de la République tchèque (50), Royaume-Uni (40 formateurs), de l’Allemagne (40), l’Espagne (40), la Pologne (20), la Suède (15), la Roumanie (10)… La France assurera une partie de la force protection, les 150 anges gardiens, dont le rôle est par exemple essentiel en Afghanistan auprès des formateurs de la mission Epidote. Les besoins concernent aussi le soutien logistique, médical…
Au total, EUTM Mali comptera près de 500 personnels, dont 200 formateurs.
« Les événements des derniers jours ont confirmé la validité et la pertinence de la mission et démontré le réel besoin de recréer l’armée malienne, en état de délabrement avancé », a déclaré récemment le Général Lecointre : « Les soldats sont mal formés, mal payés et sous-équipés » Ils manquent notamment d’armements, d’équipements de locomotion et de transmission.

Lancement officiel de la mission EUTM Mali
Le 18 février, à Bruxelles, le conseil de l’Union européenne a formellement approuvé la mission européenne de formation de l’armée malienne, EUTM Mali, pour un mandat initial de 15 mois.
« Je remercie les États membres et les pays partenaires qui apportent leur contribution; leur action énergique a permis que la mission soit déployée. EUTM Mali œuvrera en faveur de la stabilité au Mali et dans la région du Sahel, aujourd’hui et pour l’avenir. Le respect des droits de l’homme et la protection des civils constitueront un volet important du programme de formation. » c’est par ces mots que la haute Représentante de l’UE, Catherine Ashton, a salué cet engagement.

L’opération, a été lancée dans le cadre de la résolution 2085 (2012) du Conseil de sécurité des Nations unies. Placée sous le commandement du général français François Lecointre, elle vise à contribuer à l’amélioration de la capacité militaire des forces armées maliennes. Ceci dans le but de leur permettre, sous le contrôle des autorités civiles, de rétablir l’intégrité territoriale du pays.
Elle leur dispensera des conseils et une formation militaire y compris en matière de commandement et de contrôle, de logistique et de ressources humaines, ainsi que dans le domaine du droit humanitaire international, de la protection des civils et des droits de l’homme. En revanche, la mission ne participera pas à des opérations de combat.
Le 8 février dernier, un échelon précurseur était arrivé à Bamako pour commencer à s’acquitter des tâches d’expertise et de conseil. Les instructeurs militaires devraient être déployés avant la fin du mois de mars.

 

Premiers enseignements de Serval

Au Mali, le Blitzkrieg initial de l’Armée française
Raids dans la profondeur, frappes de précision et opération aéroportée, la reconquête de la boucle du Niger témoigne d’un impressionnant savoir-faire.
Ce qui s’est passé au Mali au déclenchement de l’opération Serval demeurera sûrement dans les annales militaires. En deux jours, la boucle du Niger a été reprise au terme d’une impressionnante manœuvre dont peu d’armées au monde sont aujourd’hui capables.

Au cœur de l’Afrique, il a été possible de déployer plus de 3 000 hommes et leurs armements en deux semaines. Les distances sont considérables. Tombouctou est à 700 km de Bamako – la distance entre Paris et Toulon…

Au stade actuel de Serval, il est possible de tirer les premiers enseignements de l’engagement français au Mali, avec toutefois le risque toujours possible de les voir remis en cause ou estompés dans la suite relativement incertaine des événements. Au-delà de ces aspects purement « opérationnels », nous devrons examiner les conséquences de la crise malienne, avec le retour de l’Afrique au premier plan et la panne de l’Europe de la Défense, avant de nous interroger sur la sortie de crise et ses implications.

Enseignements opérationnels de Serval
Ils sont à centrer autour de deux critères : la rapidité de la réaction politique, la capacité d’action militaire.

La rapidité de réaction politique
Elle était indispensable dans le cas du Mali et dépendait de la capacité à décider et à agir seul
L’art du politique est de savoir saisir le moment opportun et le président de la République a su saisir ce moment : à l’appel des autorités légales du Mali, avec la bénédiction de l’ONU, l’aide résolue des États-Unis, le concours « médiocre » de l’Europe, mais aussi pour défendre nos intérêts et nos ressortissants, il a su lancer l’opération nécessaire au moment opportun.
Cette rapidité politique et opérationnelle confère un avantage déterminant : en intervenant sur le cours des événements, elle rétablit un espace-temps de liberté d’action et, au moins provisoirement, la donne politique.

La décision politique n’est ni entravée ni freinée par les longs processus des coalitions ou les atermoiements d’alliances.
Plus il y a d’acteurs, plus il y a d’opinions différentes, plus il faut passer du temps à convaincre ses alliés de la justesse de ses vues tactico-opératives et, plus difficile encore, des finalités à poursuivre. En clair, notre atout-maître – la célérité et la relative simplicité de notre chaîne décisionnelle politico-militaire – serait émoussé par les nécessaires compromis à obtenir.

Le Chef des armées dispose des éléments essentiels à la prise de décision et à la conduite des opérations. Cela suppose le maintien à un haut niveau de la fonction Renseignement et de son corollaire l’analyse stratégique de situation.

La capacité d’action militaire
C’est la confirmation de la cohérence opérationnelle de nos moyens aéroterrestres et la parfaite complémentarité en l’air, du couple avion/hélicoptère et au sol, des Forces Spéciales et des troupes blindées.

Ce « cocktail » opérationnel moderne semble recouvrir tous les domaines d’intervention et pouvoir faire face à toutes les situations dégradées que l’on rencontre aujourd’hui, grâce au professionnalisme et à l’expérience du personnel ainsi qu’à l’efficacité des matériels.

Nos troupes de métier sont aguerries par vingt ans d’engagements sur tous les théâtres extérieurs, ce qui leur confère une grande aptitude opérationnelle et une grande « adaptabilité » aux circonstances.

Les capacités techniques de nos matériels renforcent et multiplient leur efficacité. Seuls les blindés, actuellement engagés sur le théâtre, ne semblent plus être au niveau des autres moyens, confirmant ainsi que leur remplacement s’impose rapidement.

Sur le plan du Transport stratégique
Toutes les critiques convergent sur la relative impuissance française en ce domaine.
Il s’agit notamment de la capacité de projection très insuffisante en attendant la livraison des A 400 M

Nul doute que les groupes terroristes ont été très surpris par l’engagement immédiat, puissant et décidé, de la France, nul doute que de nombreux pays retiendront que la France tient sa place comme membre du Conseil de Sécurité et qu’elle a encore les moyens de peser en faveur de la paix en faisant la guerre.

Le retour de l’Afrique
L’opération « Serval » au Mali marque, de la même manière que l’intervention française en
Côte d’Ivoire, le retour de l’Afrique. Même s’il est encore un peu trop tôt pour juger de ses résultats, on peut d’ores et déjà considérer que cette intervention est incontestablement un succès dans sa phase initiale. Du point de vue militaire, cette intervention met aussi en évidence, à la différence de l’intervention en Libye, qui a surtout mobilisé des moyens aériens, l’importance des opérations terrestres et de l’Armée de terre. Enfin, elle confirme les lacunes capacitaires déjà constatées en Libye, en matière de drones, de renseignement opérationnel ou de ravitaillement en vol, mais aussi, s’agissant d’une opération avec des troupes au sol, de transport stratégique.

L’Afrique subsaharienne, qui a été un peu la grande oubliée du précédent Livre blanc, a fait un retour remarqué à la faveur de l’intervention française au Mali.
Cela n’est pas sans conséquences sur nos forces prépositionnées en Afrique, qui ont démontré à l’occasion de l’opération au Mali leur importance en tant que plateforme de transport et de logistique, de formation et d’entraînement des forces africaines, puisque sans nos forces prépositionnées, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Tchad, l’intervention française n’aurait peut être pas pu avoir lieu, dans de telles conditions de rapidité et d’efficacité.

Panne actuelle de l’Europe de la défense.
Il est toujours difficile de construire quelque chose dans le contexte d’une spirale déflationniste, dans un contexte où la plupart de nos partenaires européens sont amenés à réduire drastiquement leur budget de la défense. Concrètement, les Européens manquent de plus en plus de moyens mais aussi et surtout de volonté politique pour bâtir l’Europe de la Défense. Le gouvernement britannique actuel a une attitude très frileuse à l’égard de l’Europe, comme l’illustre l’annonce par le Premier ministre britannique d’un référendum sur une éventuelle sortie du Royaume – Uni de l’Union européenne. Quant à l’Allemagne, on constate une très grande réticence de l’opinion publique vis-à-vis de toute forme d’intervention militaire. De ce point de vue, les accords franco-britanniques en matière de défense sont un « pis-aller », mais ne sont certainement pas suffisants

La sortie de crise
Un instant mise en sourdine par le déferlement djihadiste vers Bamako, la question fondamentale des rapports Nord-Sud au Mali se repose maintenant, et c’est bien elle qu’il faut désormais traiter.
Notre ennemi reste le djihadiste. Il est encore en nombre (2 000 à 2 500 soldats), mais il a perdu beaucoup de ses véhicules de combat et de ses capacités logistiques. Ses dépôts sont en grande partie détruits. De plus, le « chaudron » désertique où il est désormais cantonné s’est réduit, et il est en permanence scruté par des moyens divers. Tout ce qui « bouge » est susceptible d’être pris à partie. Restent donc les zones rocheuses (l’Adrar des Iforas) où il s’est réfugié, et où il se sait quasi inexpugnable, en mesure de gagner le temps largement compté pour les forces françaises…mais prisonnier…sauf si certains groupes avaient déjà réussi à franchir des frontières mal gardées, et à rejoindre le Sud libyen où règne aujourd’hui une totale anarchie.

Les Touaregs sont nos amis. Cependant, le Malien du Sud, Noir, est aussi notre ami, et il ne partage pas du tout notre amitié envers le Touareg. Car c’est bien ce dernier qui, par son action sécessionniste, a provoqué la fracture du pays, et favorisé l’invasion djihadiste.
Nous nous interposons donc entre Touaregs et Noirs, poussant les premiers au combat contre les djihadistes, et les y aidant, interdisant aux seconds de se livrer à des actes de vengeance.

Cela sera-t-il suffisant pour rétablir les conditions d’un dialogue ?

Il faudra simultanément « détruire » les reliquats d’AQMI, retranchés dans leur Citadelle rocheuse, et sans doute prêts à y mourir, tout en jouant jusqu’au bout du chantage sur nos otages. A moins de consentir, dans notre camp, à des pertes considérables, ce sera une longue affaire, sorte de siège patient à mener, exploitant chaque faute de l’adversaire, réduisant peu à peu son autonomie, le coupant de toutes ses sources, de ses approvisionnements, de ses contacts.
On espère que ce combat sera mené par les Touaregs, avec l’aide de nos moyens.

Patience et détermination ! Pour réussir au Mali, sur les plans militaire et politique, la France n’a guère d’autre choix que de s’installer dans la durée et de fixer une stratégie, ce qui n’est pas encore le cas. C’est la seule façon de ne pas ruiner les efforts accomplis jusque-là.

« Le Mali a besoin de la France pour l’aider à rétablir son État, failli, son armée, désintégrée, et son unité nationale, fracturée par les luttes ethniques et claniques qu’exacerbent les trafiquants de la zone sahélienne (drogues, armes, otages, clandestins). L’intérêt de la France — et de l’Europe — est de stabiliser au plus vite le Mali, pour éviter la contagion islamo-terroriste à l’ensemble du Sahel. Abandonner cette région en ferait la proie immédiate des réseaux qui rêvent autant d’un émirat islamique que d’un sanctuaire pour leurs trafics vers l’Europe ».4

Ne pas bâcler la phase politique.
Tous ces facteurs contraignent la France à devoir rester sur place plus longtemps que prévu, pour poursuivre la destruction des groupes narco-islamistes et sécuriser le Mali, le temps qu’il se relève. Le dispositif pourra être évidemment allégé, le moment venu, à condition de maintenir assez de forces combattantes pour ne pas gaspiller l’acquis de l’opération.

Dans la classe politique, beaucoup souhaitent déjà abréger la mission, pour éviter un « enlisement ». Obsédés par ce « syndrome afghan », certains « proches » du président semblent également vouloir quitter le Mali au plus vite, au risque de « bâcler » la phase politique : la reconstruction de l’État et de son armée, le lancement du dialogue entre les frères ennemis maliens, en sachant qu’aucun ne veut faire le premier pas….

1 O. Kempf (blog EGEA)
2 Professeur à Sciences PO, auteur du Nouveau Moyen Orient, bien connu pour ses très nombreuses interventions médiatiques sur ces thèmes.
3 European Union Training Mission in Mali. Opération européenne de formation de l’armée malienne.
4 Vérités et chimères au Mali (Article de Frédéric Pons dans Valeurs actuelles du 28/02/2013).

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