1515... Marignan!

1515... Marignan!

Par FNA
31 octobre 2015
1515... Marignan!  - FNA

L'artillerie de campagne dans la bataille : Marignan

Oui, 1515, Marignan, une des dates les mieux connues des petits écoliers français. Mais sait-on ce que cette victoire de François 1er doit à l’artillerie ? La Fédération Nationale de l’Artillerie, ne pouvait pas laisser l’occasion de ce cinq centième anniversaire de ce célèbre fait d’armes sans rappeler l’importance qu’a eue l’artillerie dans le succès de cette bataille ! BW

Lorsque Charles VIII succéda à son père, il poursuivit, avec Galiot, l'organisation de son artillerie. Envisageant la conquête du duché de Milan, auquel il avait quelques droits, il travailla à s'en donner les moyens, particulièrement en artillerie avec un matériel moderne mais aussi avec un personnel de haute qualité. Le recrutement d'officiers de l'artillerie et de canonniers fut facilité par des privilèges octroyés par lettres patentes du 12 mai 1484 et par des salaires en conséquence.

Lorsque, dix ans plus tard, Charles VIII partit pour l'Italie, il avait la plus formidable artillerie jamais rassemblée : 140 bouches à feu en bronze. Ses 104 coulevrines de calibres 16 et 8, et ses 36 canons de 32 livres de calibre montés sur de beaux affûts à roues, traînés par de magnifiques chevaux et servis par un personnel d'élite, firent l'admiration des Italiens, dont l'artillerie vétuste était traînée par des bœufs. L'un d'eux, Paolo Giovi, notera tout particulièrement la faveur dont bénéficiaient ces artilleurs : « Les Français ont une grande considération pour les maîtres d'artillerie et pour les canonniers. Ils leur donnent de grosses payes et ils ont organisé dans toute la France un grand nombre de jeunes gens qui s'adonnent avec zèle à cet art et, peu à peu, acquièrent le grade et la solde de leurs anciens. » Ainsi, leurs canons semant la terreur (car une telle masse de moyens si coûteux ne pouvait qu'être irrésistible), les Français arrivèrent jusqu'à Naples avec peu de combats (qui n'étaient d'ailleurs que des escarmouches) et beaucoup d'entrées triomphales dans les villes, en particulier à Rome. On comprend que cette expédition faite, comme le précise l'historien Lavisse, avec « force courtisanes », ait été appelée : « le voyage de Naples ».

Mais cette conquête rapide, trop profonde, trop inquiétante pour les autres, provoqua la création d'une ligue contre le roi de France, et Charles VIII dut abandonner l'Italie, passant difficilement à Fornoue (5-7-1495), où l'artillerie française se consacra, avec succès, à la contre-batterie.

Louis XII, à peine roi (1498), entreprit une nouvelle conquête de l'Italie. Il eut, du moins, le Milanais d'où, en 1512, l'Empire le chassa.

Il voulut réagir.

D'un neveu de Jacques de Genouillac dit Galiot, qui portait le même nom et avait pris le même surnom que ce dernier, il fit, cette année-là, son Grand maître de l'artillerie. Mais, pour écarter de la coalition le roi d'Angleterre il épousa, en octobre 1514, la jeune sœur de ce souverain, Marie, de 35 ans plus jeune que lui, « une des plus belles filles que l'on sçaurait veoir » et mourut à la fin de l'année.

Son cousin et gendre, le nouveau roi François Ier, dans l'ardeur de ses 21 ans, s'attribue aussitôt le titre de duc de Milan puis, au printemps, franchit les Alpes avec environ 30 000 hommes dont 3 000 gendarmes, 20 000 lansquenets et une très forte artillerie menée par le Grand maître. Si l'on en croit le maréchal de Fleuranges (Mémoires), dès Lyon il avait 72 grosses pièces avec 2 500 pionniers.

Les Suisses tenant les débouchés habituels des Alpes, François Ier et sa «bataille» allèrent déboucher en Milanais par le col de l'Argentière avec 24 pièces d'artillerie légère. Quelque 300 arquebuses suivaient à dos de mulet. L'arquebuse à feu était encore une arme rare dans les bandes françaises. On lui reprochait d'être inutilisable par temps de pluie. Monluc, dans ses Mémoires, écrira, à propos des événements militaires de 1523 (donc entre Marignan et Pavie) : « En la troupe que j'avais, n'estoient que tous arbalestriers, car encore en ce temps-là n'y avoit point de harquebuzerie parmy nostre nation. » Il y en avait, heureusement, chez les lansquenets au service du roi.

Pendant ce temps, d'autres pièces, en particulier les 16 grosses, avaient franchi les Alpes au col du Montgenèvre avec un fort détachement de protection, et d'énormes difficultés. Pour passer, on faisait sauter les rochers à la poudre. Ce détachement, avec une bonne distribution de deniers, s'était attelé à cette grosse artillerie (démontée) ; et celle-ci fut « emportée en ung instant comme si les anges l'eussent enlevée», écrivait un chroniqueur en 1520. Mais cette artillerie lourde ne put pas déboucher avant que la « bataille » eût remporté (au débouché du col de l'Argentière) le succès qui provoqua un repli général des Suisses sur Milan.

En traversant le Piémont, on emprunta 16 grosses pièces au duc de Savoie, et on ramassa toute l'artillerie que les Suisses avaient dû abandonner dans leur retraite, car ils n'avaient pas de chevaux et tiraient leurs canons « à force de col ».

Le roi, conseillé par le Grand maître, eut la sagesse d'attendre pendant dix jours, à Verceil, que cette grosse artillerie eût rejoint. Il en repartit le 29 août. Le lendemain, la ville de Novare, impressionnée par la vue de l'artillerie française, capitula sans hésiter, et deux jours de canon sur le château mirent fin à toute résistance. François 1er y « recouvra. tout plein de belle artillerie que ses prédécesseurs avaient perdue » (Fleuranges) dans la désastreuse journée du 6 juin 1513 et que les Suisses n'avaient pas emmenée chez eux, soit encore 24 grosses pièces : 10 serpentines, 2 grandes coulevrines, 4 bâtardes et 8 moyennes (Archives d'État de Zürich. 4225 - 1). Au total il avait ainsi 140 pièces, soit environ 5 pièces pour 1 000 hommes.

Impressionnés par leur défaite, par cette artillerie, et aussi par la masse d'écus qu'on leur offre alors, le 8 septembre les Suisses acceptent des préliminaires de paix. Mais d'importants renforts leur arrivent de leurs montagnes (et aussi de Rome, et d'Espagne), qui n'admettent pas l'échec et qui, le 13 septembre, font décider la reprise des hostilités.

Ainsi va s'engager la bataille de Marignan.

Les Français, qui comptaient entrer à Milan le lendemain, campent le long de la route qui vient du sud-est, de Plaisance, par Marignan (maintenant : Melegnano). Ils sont établis sur des terrains secs qui dominent de peu une plaine marécageuse couverte de rizières et coupée de canaux. A ces plateaux bas, en partie garnis de vergers, accèdent seulement, venant du nord-ouest, à travers les marécages, trois «avenues », trois larges digues parallèles dont la plus large porte la route et qui sont les seuls terrains praticables à la cavalerie. L'armée française est installée en trois camps, en avant de Marignan, surtout à droite (nord-est) de la route de Milan.

Son avant-garde, aux ordres du connétable de Bourbon, est en arrière d'une petite rivière canalisée, la Vahabia, affluent du Lambro, la rivière de Marignan. Elle couvre l'ensemble de l'armée avec environ 12 000 hommes, dont les 8 000 piétons français et gascons, une partie de la gendarmerie, et une partie de l'artillerie légère, 30 canons. Elle s'est couverte, face au nord-ouest, derrière la Vahabia, par un retranchement. Derrière ce retranchement, le Grand maître, Jacques de Genouillac, a installé ces canons légers, pour battre les digues par lesquelles les Suisses passeront s'ils arrivent. La protection de l'artillerie, en particulier de celle-là, qui est la plus aventurée, est confiée à des lansquenets.

Plus en arrière, au camp de Sainte-Brigitte, camp du roi, la « bataille » (9000 lansquenets et la maison du roi) tient la route et s'étend, elle aussi, surtout à droite, vers le nord-est. Elle s'est couverte par un second retranchement derrière lequel se trouve, en particulier, la grosse artillerie.

Derrière la « bataille », l'arrière-garde, avec le duc d'Alençon et 9000 lansquenets, est adossée à Marignan. Elle a la garde des bagages, qui ont été groupés à gauche (sud-ouest) et non loin de la route.

Au début de l'après-midi le maréchal de Fleuranges vient annoncer au roi qu'étant allé escarmoucher près de Milan, il a vu les Suisses sortir de la ville et s'avancer sur trois colonnes avec 8 canons. Les Français « prennent promptement leurs dispositions défensives ».

Les premiers Suisses arrivent vers 2 ou 3 heures après midi. Deux mille hommes précèdent le gros. Ils bousculent les quelques cavaliers français qui patrouillent, ainsi que les lansquenets et Gascons qui ont été lancés « en enfants perdus » en avant du premier retranchement.

Le gros des Suisses avance en trois colonnes massives ; leur artillerie suit sur la grand-route. Comme ils l'ont fait dans leurs dernières batailles, ils veulent essayer de se jeter sur les canons français pour ne pas en subir les coups. Dès qu'ils sont à bonne portée (150 à 200 mètres), l'artillerie française ouvre le feu sur les digues. Certains des attaquants se jettent dans les rizières. D'autres se heurtent aux cavaliers de l'avant-garde et les refoulent sur les gens de pied. Certains arrivent à franchir en force le retranchement derrière lequel se trouvent les premiers canons français, et s'emparent de 6 ou 7 pièces en massacrant les lansquenets qui les défendent.

Ils poursuivent leur avance sur les trois digues en bandes particulièrement serrées, dans une poussière qui ne cesse de s'épaissir.

La gendarmerie française (avec le roi « qui marchoit... coste à coste de son artillerie» — du Bellay) contre-attaque de flanc les assaillants qui ont trop progressé au centre. Elle essaie ensuite d'intervenir sur l'aile gauche des Suisses ; mais, ne pouvant sortir des digues, elle vient se briser sur les piques trop denses. Partout les Confédérés poursuivent leurs attaques, et si vivement que les défenseurs, sauf à l'aile droite, abandonnent le premier retranchement. Pasquier Le Moyne précise, au sujet de l'artillerie d'avant-garde, qui est au plus fort du combat, « que, quand les Suisses tournaient, l'artillerie tournait aussi, les séparant et les étonnant de telle façon qu'ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient ni où ils en étaient. Depuis son invention, l'artillerie ne fit oncques autant d'ouvrage que depuis midi jusqu'à la même heure le lendemain».

Mais la poussière devient peu à peu si épaisse que les combattants ont de la peine à se reconnaître, et d'autant plus que le soleil se couche.

Les artilleurs français, sous les ordres du Grand maître, profitent de la nuit qui tombe et du nuage de poussière qui les couvre pour traîner les canons de l'avant-garde jusqu'à la deuxième position où ils les installent derrière le retranchement. Le roi, dans sa lettre du 14 septembre annonçant et racontant la victoire à sa mère, lui fera part du souci constant qu'il avait eu, dans cette journée, de protéger ses canons et de les utiliser au mieux. «Je m'en allai jeter dans l'artillerie et là rallier cinq ou six mille lansquenets et quelque trois cents hommes d'armes, de telle sorte que je tins ferme à la grosse bande des Suisses.» Il y eut une charge de ces gendarmes sur une bande et surtout « une volée d'artillerie » sur une autre aussitôt chargée, « de sorte que nous les emportâmes et leur fîmes repasser un gué qu'ils avaient emporté sur nous . Cela fait, nous ralliâmes tous nos gens et retournâmes à l'artillerie».

Mais la nuit est arrivée. L'artillerie est repliée. Tout se calme. Des deux côtés on fait la chasse aux isolés.

Pendant ce temps la poussière tombe, et l'artillerie française aperçoit des chefs ennemis qui tiennent conseil autour d'un feu. C'est, pour elle, l'occasion de reprendre ses tirs, qu'elle poursuit jusqu'aux dernières lueurs du clair de lune. A minuit, dans l'obscurité, le combat s'arrête. Les deux armées restent sur place, à la limite du mélange. Le roi ne passe pas (comme il l'a raconté à sa mère) « toute la nuit... à cheval, la lance au poing». Il est, plus sagement, au milieu de ses canons, dormant tout armé sur une charrette d'artillerie. La veille, François Ier avait auprès de lui d'Alviano, le chef de son alliée l'armée vénitienne, au moment où il apprenait que les Suisses allaient l'attaquer. Ledit d'Alviano était aussitôt allé chercher son armée ; elle va arriver dans la journée.

Au matin, avec le roi et sa cavalerie (ses gens d'armes), sur l'emplacement de son camp et derrière son retranchement, la « bataille » a resserré son front pour laisser la droite à Bourbon replié. Elle couvre la grosse artillerie qui couronne le plateau, prête à battre la plaine par des feux croisés. L'artillerie plus « menue », repliée derrière le même retranchement, bat les digues et soutient les ailes.

Le connétable de Bourbon, avec l'avant-garde (renforcée par la compagnie de 25 lances de Galiot) forme l'aile droite.

En arrière, à une portée d'arc, le comte d'Alençon, avec l'arrière-garde prête à soutenir la gauche, continue à protéger les bagages.

Aux premières lueurs du jour, le chevalier de Bayard accourt auprès de Galiot et lui montre un pâté de maisons où des ennemis se sont groupés dans la nuit : «Monsieur, il faut donner sur ce cartier-là, sur la main dextre, là où vous voyez celle enseigne : là est la plus grande flotte des Suysses ; mais, je vous prie, tirés sept ou huit pièces tout ensemble pour mieux les réveiller. » Le roi ayant approuvé l'ouverture du feu, huit gros canons sont chargés de l'opération.

Aussitôt la bataille reprend. Le centre suisse s'approchant du centre français en rangs serrés est balayé par l'artillerie française. Les assaillants se replient. Ils se regroupent. Dans un effort qu'ils espèrent décisif, sur les trois digues qui mènent au plateau, en trois colonnes massives, obstinément fidèles à leur doctrine tactique, devenue trop simple, du « choc » qui doit emporter tout, 20 000 Suisses avancent, piques baissées, comme au temps des batailles sans artillerie. Avant qu'ils arrivent à portée d'arc, mais à moins de 200 mètres, une décharge générale des canons français, légers et lourds, écrase ces masses trop denses et leur cause « ung merveilleux desplaisir ». On voyait « Suysses en l'air comme pouldre ».

Courageusement, les Confédérés serrent les rangs, et les boulets français continuent à faire des ravages dans leurs colonnes trop denses sur lesquelles, en même temps, les flèches pleuvent.

Malgré leurs pertes, ils s'obstinent. Lorsqu'ils se décident à faire avancer leurs canons, un long combat d'artillerie s'engage. « Nous avons tenu butte huit heures à toute l'artillerie des Suisses, laquelle, je vous assure, a fait baisser bien des têtes », écrit François 1er à sa mère. Les canons français dominent. Pourtant les Suisses attaquent toujours. On ne peut pas risquer de laisser l'artillerie tomber entre leurs mains. Le roi de France essaie d'intervenir à la tête de sa gendarmerie; mais celle-ci, ne pouvant pas aller dans les marais pour charger, est impuissante. Alors le roi met pied à terre, prend une pique, s'écrie : « Qui m'aime, si me suive ! », et c'est au corps à corps qu'il défend le terrain de son artillerie.

A droite, Bourbon tient. Sa cavalerie légère a démasqué au bon moment ses canons, et ceux-ci ont vite calmé l'ardeur des attaquants.

Vers 9 heures, une troupe de Suisses a fait un large détour à l'est par la vallée, peut-être pour déborder les combattants, plutôt pour essayer d'atteindre, à l'arrière, le bagage français et piller. Mais, repoussés par Monsieur d'Alençon, ces pillards se sont réfugiés dans un bois où ils seront massacrés par les arbalétriers à cheval de Monsieur de Cossé et par les Gascons de Pierre de Navarre. Pendant ce temps l'aile gauche a été débordée et enfoncée.

Mais d'Aubigny a chargé. Il a refoulé les ennemis, la lance dans les reins, jusque dans un village où, lorsqu'ils s'y sont regroupés, l'artillerie les a foudroyés. Les pertes creusées dans les rangs des Suisses sont déjà très lourdes lorsqu'ils apprennent que les cavaliers de l'armée vénitienne arrivent. Alors leur moral fléchit. Vers midi ils renoncent. Ils se replient, encore en ordre, pour regagner la route de Milan. Ils emmènent les quelques canons et les chevaux dont ils se sont emparés. Mais un ruisseau canalisé, plein d'eau, les sépare de la route. Pour s'assurer le passage ils font face. L'artillerie française, qui ne cesse de tirer, concentre ses feux sur cette masse, et les pertes redoublent. Alors, c'est la fin. Les Suisses abandonnent leurs prises. Venus 30 000 et laissant plus de la moitié des leurs sur le terrain, ils partent, poursuivis par la cavalerie, pleins d'un respect tout particulier pour la puissance du roi de France et d'abord pour son artillerie.

Il est 2 heures après midi.

François Ier fit arrêter la poursuite. Il allait ainsi obtenir la signature d'une « paix perpétuelle » avec la Confédération et finalement le traité du 5 mai 1521 qui assura au roi de France, jusqu'au dernier jour de la monarchie, le recrutement de soldats remarquablement sûrs.

Dans le duché de Milan, maintenant au roi de France, un « grand maître de l'artillerie au-delà des Monts » devenait nécessaire. Ce fut Antoine de La Fayette.

Sans négliger le rôle des autres armes, sans oublier notamment les charges difficiles de la cavalerie, on peut dire que, pour la première fois, une artillerie heureusement mobile, de haute qualité, nombreuse, bien menée et, comme on l'a vu, manœuvrant ses feux selon les fluctuations de la bataille, avait décidé d'une grande victoire en pleine campagne. François Ier le reconnut en faisant à sa mère l'éloge de Genouillac : « Madame, le sénéchal d'Armagnac, avec son artillerie, peut bien oser dire qu'il a été cause en partie du gain de la bataille ; car jamais homme ne s'en servit mieux, et Dieu merci tout fait bonne chère » Le maréchal de Trivulce, qui participait à cette rencontre qu'il a qualifiée de « bataille de géants », disait, avec toute son expérience, qu'« il ne doutait pas que, sans l'aide de l'artillerie, la victoire était aux Suisses ». Un historien militaire suisse, le capitaine de Vallière, constatant, lui aussi, que « l'artillerie fut la grande victorieuse de Marignan », ajoutait qu'« une ère nouvelle allait s'ouvrir: devant la puissance des armes à feu, l'infanterie devait modifier ses formations ». Le colonel Daniel Reichel, chef du Service historique de l'armée suisse (dans son Grandson, 1476), a formulé plus particulièrement l'influence bouleversante que Marignan allait avoir sur la doctrine de l'armée suisse où, jusqu'alors, tout reposait sur la valeur de choc des fantassins : «On y verra clairement que le feu et la manœuvre... peuvent se révéler supérieurs au choc. »

Le canon de campagne imposait un combat nouveau, qu'il dominait.

Machiavel le comprit et proposa une manœuvre simple qui assurerait la victoire... en cas de succès : mettre, aux ailes de l'armée, des troupes d'infanterie d'élite ; aussitôt après une décharge générale de leur artillerie (celle-ci allant alors, inutile, se mettre à l'abri), ces troupes attaqueront les forces en face d'elles pour se porter ensuite, le plus tôt possible, sus aux canons ennemis. Ainsi, écrivait-il, « lorsque cette artillerie est attaquée, ou l'ennemi l'abandonne ou bien il la défend ; dans le premier cas elle est perdue pour lui ; dans le second, comme il doit la laisser par derrière, elle lui devient inutile. Le parti le plus sûr est de chercher à s'en emparer avant qu'elle puisse tirer » (Arte della guerra, 1521). L'illustre M. de la Palice aurait pu en dire autant. Il aurait même pu dire, à des forces écrasées par une artillerie adverse supérieure, qu'il suffisait de pousser le roi ennemi à charger prématurément avec sa cavalerie, masquant ainsi ses canons et les empêchant donc de tirer. Car c'est comme cela que, dix ans plus tard, François Ier transforma en un désastre une victoire déjà plus qu'à moitié gagnée par son artillerie, ce « dont Monsieur Galiot cuyda désespérer » (Brantôme). Telle fut, en effet, la triste bataille de Pavie où, parmi 8 000 Français, tomba Jacques de Chabanes seigneur de la Palice après s'être battu comme un lion jusqu'au moment où il fut tué. Ses soldats le disaient dans la chanson qu'ils composèrent à sa gloire et dont la légende a déformé le sens naïf :

« Monsieur d'la Palice est mort.

Il est mort devant Pavie.

Un quart d'heure avant sa mort

Il était encore en vie ».

Source : Histoire de l’Artillerie française, Par Michel de Lombarès et Généraux P. Renaud, Cazelles, Boussarie et R Coulloumme Labarthe. 1984 - Lavauzelle éd.

Liste des fichiers associés

mar3.jpg
mar2.jpg
mar1.jpg

< Toutes les publications